Douleurs cervicales par Myothérapie 4/4

c) Conséquences des contractures

L’observation de tout ceci est fondamental pour la compréhension de la cause et du mécanisme de presque toutes les douleurs articulaires. Car ce spasme persistant qu’est la contracture ne sera pas sans conséquences, on s’en doute.

1) Le muscle contracturé, c’est-à-dire contracté de façon réflexe pendant beaucoup trop longtemps, va tôt ou tard devenir douloureux. Or ce muscle, par définition, traverse une articulation. C’est à ce niveau que sa douleur va donc en général être ressentie – et prise à tort pour une manifestation osseuse ou même de la capsule.

Il s’ensuit que les douleurs articulaires sont en pratique quasiment toujours des douleurs des muscles entourant et traversant l’articulation. Elles ne sont pas dues à l’os (sauf tumeur), encore moins au cartilage (qui n’est pas innervé…), mais aux muscles.

La compréhension de ceci permet fort heureusement de faire cesser les douleurs articulaires en supprimant cette contracture musculaire. Ce qui ne peut se faire que de façon manuelle, et non médicamenteuse : à cause mécanique, traitement mécanique. La Brachy-Myothérapie, qui s’adresse directement au muscle, est idéale pour cela.

Le mécanisme de la douleur elle-même n’est pas exactement connu, mais l’hypothèse la plus plausible est que la contraction durable comprime la vascularisation intrinsèque du muscle, créant une tendance à l’ischémie du muscle lui-même, ce qui provoquerait la douleur. Un mécanisme semblable est impliqué dans les névralgies.

Car les contractures sont également à l’origine de la plupart des névralgies : cervico-brachiales, sciatiques, Arnold, etc. En effet ce n’est pas une irritation directe du nerf qui crée la douleur, mais ici aussi c’est la compression de sa vascularisation qui, en créant une ischémie, provoque la névralgie. Un nerf passe en effet à travers ou contre des muscles toniques*, et le muscle contracturé est raccourci, donc élargi en son centre et dur, ce qui suffit à comprimer la vascularisation du nerf. Il est fort peu probable qu’une hernie éventuelle soit la cause de quoi que ce soit, vue la très grande fréquence des hernies asymptomatique (nous y reviendrons en détail). L’hypothèse musculaire est confirmée par la réversibilité rapide de la névralgie quand on traite les muscles en cause.

2) Les contractures déforment l’articulation dans leur sens.

– Au niveau du cou l’expérience montre par exemple que c’est la cause du Torticolis Congénital, qui est donc facilement réversible en traitant les contractures.

– L’asymétrie du rachis cervical est aussi la cause des scolioses : les oreilles n’étant plus au même niveau, l’un des deux repères indispensables à l’équilibre est faussé (l’autre étant l’horizontalité moyenne du regard). Le corps donnera priorité à rétablir ce repère, quitte à incliner pour cela le rachis thoracique. Cette contraction de compensation durera autant que la contracture cervicale primaire, d’où scoliose. En traitant les contractures cervicales, la plupart de scolioses se redressent.
(Pour plus de détails concernant le correction des scolioses, voir ici en anglais et ici en français.)

– Enfin une déformation du rachis cervical dans le sens des contractures les plus importantes se verra sur la radiographie : rectitude et même inversion de courbure si ce sont surtout les muscles antérieurs, (figure 7), hyperlordose pour les postérieurs, inclinaison latérale du cou ou de la tête si ce sont les contractures des muscles latéraux qui dominent.

Fig.7 : L’arthrose modérée a été mentionnée dans le compte-rendu radiologique mais pas l’importante inversion de la courbure cervicale, laquelle montre pourtant la cause des douleurs : Qu’est-ce qui pourrait provoquer et maintenir cette déformation, si ce n’est des tensions musculaires ?

3) Les mouvements de l’articulation seront limités par la contracture. La contraction volontaire de muscles contracturés va, en augmentant encore le tonus, déclencher ou accentuer leur douleur, ce qui empêche le mouvement.

De plus, étant contractés de façon continue, les muscles spasmés s’opposent à leur étirement, limitant ainsi les mouvements générés par les muscles antagonistes. En effet leur étirement provoque un réflexe myotatique qui augmente la contraction involontaire qui résiste à l’étirement, et deviendra rapidement douloureuse si on insiste.

4) A la palpation un muscle contracturé est douloureux et/ou dur. C’est ainsi qu’on en fait facilement le diagnostic.

§

Le lecteur aura remarqué que nous venons de décrire, certes de façon plus détaillée que cela n’est fait habituellement, les symptômes habituellement attribuées à l’arthrose…

L’arthrose en tant que dégradation du cartilage et éventuellement de l’os sous-chondral existe bel et bien, et même si elle est loin d’être systématiquement associée à des douleurs, c’est tout de même assez fréquent.

Il nous faut donc tenter d’expliquer de façon scientifique le rapport éventuel entre douleurs articulaires et arthrose.

d) L’arthrose

Tous les auteurs citent une agression mécanique comme cause probable de l’arthrose, sans jamais pour autant préciser la nature de ce stress mécanique, ni par quel processus il provoquerait arthrose et douleurs. Or une contracture, qui limite les mouvements et comprime l’articulation, est bien un stress mécanique…

Si l’on y réfléchit, il est vraiment curieux de constater que pour des pathologies concernant les articulations, la médecine classique continue à négliger le fait que les muscles en sont le moteur, et avec quelle puissance, utile ou potentiellement destructrice, selon que le muscle fonctionne correctement ou non.

Il faut cependant rendre justice à l’OMS : dans un rapport daté de 2003 on peut lire : « Les lésions articulaires résultent souvent d’un dysfonctionnement musculaire, et de nombreux patients se plaignent d’une arthralgie avant qu’une quelconque modification ne soit prouvée par radiographie* ».

Nous avons vu qu’une fois installée, la contracture n’a aucune tendance à cesser. Cependant la douleur qu’elle provoque varie selon l’intensité de la contracture, qui elle fluctue en fonction de différents facteurs, alimentaires, environnementaux, professionnels, occupationnels, etc.

Par exemple le froid et le vent peuvent l’aggraver, la chaleur locale la soulage (c’est pourquoi appliquer de la glace n’est pas une bonne idée) ; le stress l’aggrave*, la consommation de café aussi, les étirements passifs également (puisque tout muscle étiré se contracte), enfin certains médicaments, surtout ceux contre le cholestérol, entretiennent ou augmentent le tonus, etc. Bref, de nombreux facteurs font que la douleur est soit chronique soit aiguë, avec souvent des périodes de rémission apparente.

Reste la question : puisqu’il y a souvent des signes d’arthrose associées aux douleurs articulaires (et réciproquement), et si celles-ci sont la manifestation de contractures musculaires, quel est donc le rapport avec l’arthrose ?

Cette question est importante à plus d’un titre : la médecine classique admet tout ignorer la cause et du mode d’installation de l’arthrose, y compris par quel mécanisme celle-ci serait cause de douleurs articulaires, mais lui attribue pourtant ces douleurs sans la moindre preuve autre que la fréquente mais très inconstante association des deux. Or chacun sait que concomitance n’est nullement preuve de relation de cause à effet, surtout quand cette coexistence est aussi inconstante.

Et comme la médecine classique ignore la cause de l’une comme de l’autre, elle ne peut guérir ni l’arthrose (à supposer que celle-ci ait la moindre importance) ni la douleur articulaire et les limitations de mouvement. Elle ne peut que tenter de masquer les symptômes par des médicaments antalgiques, aux effets secondaires parfois graves*. Ce qui coûte très cher à l’individu en qualité de vie, et à la société financièrement.

Voyons donc ce qui semble vraiment causer l’arthrose.

Conséquences de l’immobilisation d’une articulation

L’arthrose est définie comme étant la destruction du cartilage articulaire, suivie éventuellement, plus tardivement, d’une réaction de l’os sous-chondral sous forme de géodes, de densifications, ou d’ostéophytes. Notons que l’os sous-chondral est peu innervé, car il n’y a pas de périoste à ce niveau.

Le cartilage articulaire est constitué de fibres de collagène baignant dans un liquide, de quelques cellules, et de protéines particulières appelées protéoglycanes qui, étant hydrophiles, assurent la stabilité du maillage du collagène et l’élasticité du cartilage.

On n’y trouve ni nerfs – le cartilage ne peut donc pas être source de douleurs, qu’il soit normal ou en train de se détruire – ni vaisseaux : le cartilage n’est entretenu que par l’alternance de flux du liquide synovial qui apporte nutriments et élimine les déchets. Or ce sont les mouvements et donc les contractions musculaires qui assurent cette alternance.

Il est une loi qui gère toutes les structures du corps : « la fonction entretient l’organe ». Quand une structure est moins sollicitée que la normale, elle tend à dégénérer : un muscle qui n’est plus sollicité perd du volume et de la force, un os se décalcifie, etc. La fonction du cartilage est de favoriser les glissements articulaires et d’amortir les chocs axiaux à ce niveau. Si ces sollicitations sont supprimées, les flux liquidiens ne sont plus assurés, et le cartilage dégénère.

Ceci a été confirmé par plusieurs études datant des années 1960* : l’immobilisation expérimentale d’une articulation chez l’animal* provoque en quelques semaines des altérations du cartilage et de l’os sous-chondral identiques à celles constatées au début du processus de l’arthrose. Et ce quatre fois plus rapidement lorsqu’une compression est associée (début du processus en quelques jours, ou même quelques heures si l’immobilisation et la compression sont maximum).

Ses fonctions de glissement et d’amortissement n’étant plus sollicitées, le cartilage n’est plus nourri (et ses déchets ne sont plus éliminés) : il se fissure, se dégrade et se décompose.

A la récupération du mouvement la normalisation du cartilage est très longue et incomplète : un an après, toutes les conséquences de deux mois d’immobilisation par exemple n’ont pas encore été récupérées.

Non seulement le cartilage est altéré rapidement par l’immobilisation, mais également le liquide synovial, la capsule articulaire, et les insertions ligamentaires.

Les enseignements fondamentaux de ces études sont malheureusement totalement négligés de nos jours.

§

Au vu de ce que nous avons décrit sur les conséquences des contractures musculaires, que pouvons-nous en effet en déduire ?

La contracture post-traumatique persistante, nous l’avons vu, en plus de provoquer une douleur, limite les mouvements de l’articulation que le muscle traverse, et la comprime.

Les conditions des expériences que nous venons de citer, à savoir immobilisation et compression articulaire durable, sont donc réunies, de façon moins intense et fluctuante, certes, mais aussi de façon beaucoup plus prolongée, puisque permanente.

Les mêmes causes produiront les mêmes effets, simplement moins rapidement. Après plusieurs mois ou années de contracture, selon l’intensité de celle-ci, le processus de dégradation du cartilage et ses conséquences au niveau de l’os sous-chondral vont devenir visibles.

§

La contracture musculaire est ainsi l’explication la plus plausible à la fois de l’arthrose, et des symptômes qu’on lui attribue un peu vite.

Ce n’est donc pas une arthrose d’origine mystérieuse ou tombée du ciel qui provoque tout aussi mystérieusement des douleurs (qui plus est à partir d’un tissu non innervé, le cartilage), mais ce sont les contractures qui provoquent aussi bien les douleurs que l’arthrose, qui elle est cause de … rien.

Ce qui nous permet d’affirmer ceci, est qu’en cas de douleur associée à une image d’arthrose avérée*, traiter les contractures par Myothérapie fait disparaître la douleur et rétablit la mobilité de l’articulation, alors que l’image d’arthrose reste inchangée : celle-ci n’était donc pas la cause des symptômes.