Douleurs cervicales par Myothérapie 3/4

b) Différentes sortes de fibres musculaires et de muscles

Afin de comprendre les pathologies musculaires acquises que sont les contractures, qui sont de loin les principales causes des douleurs de l’appareil locomoteur, il faut aussi garder à l’esprit que les fibres musculaires sont de 2 types très différents.

Ce qui les distingue sont leurs rapidité et durée de contraction, et ceci dépend de leur faculté à utiliser l’oxygène, de leur capacité à se débarrasser des déchets, et de leur aptitude à la glycolyse (La vitesse et la durée de contraction d’une fibre dépend aussi de la rapidité de la réaction myosine ATPase (hydrolyse de l’ATP en ADP qui induit le glissement de l’Actine sur la Myosine), et de la capacité de la fibre à introduire et éliminer le Ca++).

1) L’aptitude au métabolisme oxydatif (oxydation du glucose ou des lipides pour produire de l’énergie) dépend du nombre de mitochondries, qui sont l’endroit où l’oxygène est utilisé pour fragmenter glucides ou lipides pour fabriquer de l’énergie.  (A quantité égale, les lipides produisent 4 fois plus d’énergie que les glucides. Etant donné les nombreux inconvénients cardiovasculaires et autres des glucides, il y a donc tout intérêt à favoriser les lipides comme carburant, donc à remplacer les sucres par les huiles de qualité dans l’alimentation.). Dans les fibres qui utilisent un métabolisme aérobie, les mitochondries représentent donc une partie importante du volume cellulaire.

Deux autres facteurs sont importants pour le métabolisme oxydatif : la densité des capillaires sanguins, qui apportent l’oxygène et éliminent le CO2, et la teneur en Myoglobine : celle-ci fixe l’oxygène, donc plus la fibre en contient, plus vite l’oxygène passe du sang dans la fibre, et plus la réserve d’oxygène est importante (et plus la fibre est rouge).

Enfin la force d’une fibre est fonction de son diamètre – bien que la force d’un muscle dépende plus du nombre de fibres qui le composent, indépendamment de leur diamètre. D’un autre côté, plus le diamètre la cellule qu’est la fibre musculaire est important, plus il lui est difficile de faire entrer les nutriments et l’oxygène, ou de faire sortir les déchets.

2) Les réactions glycolytiques quant à elles ne dépendent pas des mitochondries, car elles diffusent à travers le sarcoplasme. Le muscle, comme le foie, stocke le glucose sous forme de glycogène. La glycolyse peut être aérobie ou anaérobie.

Si elle est aérobie, le produit d’élimination, l’acide pyruvique, est immédiatement décomposé dans les mitochondries, ce qui produit encore plus d’énergie.
Si la glycolyse est anaérobie, le résidu est l’acide lactique, qui lui n’est pas décomposé. Il produit des ions (H+) qui seraient responsables de la fatigue musculaire.

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Comme nous l’avons signalé plus haut, les fibres musculaires sont de deux types, I et IIb, plus un type intermédiaire, IIa. Leurs caractéristiques sont les suivantes :

  • Type I (ou : Slow Oxidative (SO) / ou : Slow twitch / ou : Fatigue resistant) :
    – Réaction Myosine ATPase lente
    – Capacité d’entrée et sortie du Ca++ modérée
    – Diamètre faible
    Capacité oxydative importante : riche en Mitochondries (jusqu’à 40%), forte densité capillaire, grande quantité de Myoglobine
    – Capacité glycolytique modérée
  • Type II b (ou : Fast Glycolytic (FG) / ou : Fast twitch / ou : Fatigue prone) :
    – Réaction Myosine ATPase rapide
    – Forte capacité d’entrée et de sortie du Ca++
    – Diamètre important
    – Faible capacité oxydative : peu de Mitochondries (1%), faible densité capillaire,
    pauvre en Myoglobine
    Capacité glycolytique anaérobie élevée
  •  Type II a (ou : Fast Oxidative Glycolytic (FOG), ou : Fast twitch, ou : Fatigue Resistant)
    – Réaction Myosine ATPase rapide
    – Forte capacité d’entrée et de sortie du Ca++
    – Diamètre intermédiaire
    Forte capacité oxydative : riche en Mitochondries (jusqu’à 40%), forte densité
    capillaire, grande quantité de Myoglobine
    Capacité glycolytique élevée

Ainsi les fibres de type I sont relativement lentes à se contracter, mais leur contraction peut se maintenir pendant une durée assez longue.

Au contraire les fibres IIb se contractent quasiment instantanément, mais pendant une faible durée.

Les caractéristiques des fibres IIa se situent entre les deux précédentes.

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Ce qui est très important pour comprendre la physiologie et la pathologie des muscles, et qui découle de ce que nous venons de voir, bien que ce soit trop souvent méconnu, c’est que chaque muscle est composé de façon majoritaire soit de fibres de type I, soit de fibres de type IIb, et ce de la même façon chez tous les individus (les fibres intermédiaires IIa se trouvent dans tous les muscles, et sont donc ‘neutres’ de ce point de vue). (Ceci ne dépend pas de l’activité physique, qui peut augmenter la force d’un muscle (nombre de fibres, vascularisation) mais pas les proportions entre les fibres.)

En d’autres termes, il y a 2 sortes de muscles :

1) Les muscles qui effectuent les mouvements, lesquels étant vite limités par l’amplitude articulaire, ne nécessitent pas une contraction prolongée. Ces muscles, qui seront appelés
« dynamiques », sont majoritairement composés de fibres de type IIb ; ils se contractent de façon instantanée (Comme lors d’un mouvement réflexe quand on se brûle). mais sur une courte durée, leurs fibres se contractant même si brièvement qu’elles doivent se contracter par roulement, à tour de rôle en quelque sorte ;

2) Les muscles qui maintiennent les postures ou les positions créées par les précédents. Ces muscles sont appelés « toniques », ils sont majoritairement constitués de fibres de type I ; ils présentent une petite latence avant leur contraction, mais ensuite celle-ci peut durer assez longtemps.

C’est pour cela qu’à chaque articulation, il y a 2 muscles qui, à première vue, font la même chose. Car les livres d’anatomie ne font pas la distinction, partant du principe un peu réducteur que tous les muscles ne sont là que pour produire des mouvements. Mais pourquoi deux muscles alors qu’un seul suffirait ? En fait l’un est Dynamique, composé en majorité de fibre de type IIb, il crée les mouvements jusqu’à une certaine position ; l’autre, Tonique, est composé en majorité de fibre de type I, et il maintient la position obtenue par le muscle dynamique.

Pourquoi deux muscles superposés censés fléchir le coude, le Biceps et la Brachial, alors qu’un seul suffirait ? C’est parce que le premier, dynamique, crée effectivement la flexion du coude, alors que le second, tonique, maintient celle-ci une fois que l’angle désiré est obtenu.

Pourquoi y aurait-il deux muscles superposés pour créer l’abduction à l’épaule, le Deltoïde et le Supra-Epineux ? C’est parce que le premier, Dynamique, crée l’abduction, alors que le second, Tonique, maintient celle-ci une fois que l’angle désiré est obtenu.

Le premier peut générer la position, mais ne peut pas la maintenir : étant composé majoritairement de fibres de type IIb, sa contraction serait trop brève pour cela, au mieux il tétaniserait ; le second, riche en fibres de type I, maintient la position, mais il est en général trop lent pour la créer.

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Puisque les muscles Toniques ont une petite latence avant leur contraction, ils doivent se contracter dès que le muscle Dynamique synergique se contracte, afin d’être déjà prêts à prendre le relais, quel que soit l’angle articulaire qu’on souhaite maintenir. Sinon, le temps qu’il se contracte, la pesanteur aura déjà modifié la position.

Ce qui est trompeur, et fait penser à tort que les deux muscles créent le mouvement. Ainsi, ayant constaté que le Supra-épineux (tonique) se contracte en même temps que le Deltoïde (dynamique) dès le début de l’abduction, on a mal interprété cette observation, et affirmé que le Supra-épineux est « starter » de l’abduction (bien que cela ne signifie pas grand-chose, l’épaule n’étant pas une voiture, ni un moteur à explosion…). Il était simplement déjà contracté pour prendre le relais, quel que soit l’angle d’abduction que l’on souhaitait maintenir.

Les muscles toniques peuvent cependant effectuer des mouvements, amis lents, surtout quand une certaine force est nécessaire de façon prolongée, car ce sont en général des gros muscles. Plus un
muscle est large et court, plus il développe de la force et de la stabilité. Les muscles dynamiques quant à eux sont plutôt des muscles longs et fins, superficiels ( Ce qui en soi les rend un peu plus longs que les muscles synergiques toniques, plus profonds donc plus courts), car plus un muscle est long, plus il peut se contracter rapidement, et sur une plus grande amplitude (Un muscle ne peut se raccourcir qu’environ du tiers de sa longueur.). (Il y a cependant un certain nombre de muscles qui font exception par rapport à ces critères.)

Enfin les amortissements, contraction excentrique puis concentrique, nécessitant une contraction prolongée, sont le fait des muscles toniques.

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La composition en fibres n’a été établie pour quelques muscles, par des biopsies. Il faut cependant garder un œil critique, car beaucoup d’études sont trop imprécises pour être fiables, car elles ne font pas la différence entre les fibres IIa et IIb. Imaginons par exemple un muscle composé de 40% de fibres de type I, de 20% de fibres IIb, et de 40% de fibres IIa : les fibres IIa étant intermédiaires, il convient de ne comparer que le nombre de fibres I et IIb. Un tel muscle serait donc Tonique. Une étude imprécise qui comparerait uniquement la proportion de fibres I et II, et c’est fréquent, arriverait cependant à la conclusion inverse, et classerait ce muscle comme Dynamique. Toute étude ne distinguant pas fibre IIa et IIb n’a donc aucune valeur.

Et quand un muscle a différents chefs, ceux-ci ont a priori des fonctions différentes, donc des compositions différentes. Ainsi le Quadriceps ne devrait pas être considéré comme un muscle avec 4 chefs, mais comme 4 muscles distincts avec une insertion commune sur la rotule. Généraliser aux 3 autres chefs la composition d’un seul chef, comme cela est souvent fait, n’a pas de valeur non plus.

Si le muscle Sterno-Cleido-Occipito-Mastoïdien a 4 chefs, c’est parce qu’il convient de distinguer d’une part les chefs obliques, à insertion sternale, et les chefs verticaux, à insertion claviculaire, donc à action forcément différente puisque leur orientation est différente ; d’autre part dans chacun de ces deux groupes il y a le chef occipital, plus long, dynamique, et les chefs mastoïdien, tonique. Sinon pourquoi 4 chefs ? (Le fait qu’il y ait 4 chefs pour le SCOM, bien avéré à la dissection, est de façon regrettable rarement mentionné dans les livres d’anatomie.)

Ainsi le Sterno-occipital, dynamique, crée la rotation du crâne, rotation maintenue par le chef Sterno-mastoïdien, tonique. D’autre part l’inclinaison latérale du crâne se fait par le chef Cleidooccipital, dynamique, et est maintenue par le chef Cleido-Mastoïdien, tonique. D’ailleurs plutôt que 4 chefs, on devrait considérer qu’il s’agit de 4 muscles distincts, avec simplement de insertions plus ou moins communes, puisqu’ils n’agissent ni en même temps ni dans le même but.

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Pour savoir quels muscles sont dynamiques et lesquels sont toniques, puisque peu d’analyses histologies fiables ont été effectuées jusqu’à ce jour, il faut donc se baser sur l’observation, ce qui a constitué un partie importante de la recherche en Brachy-Myothérapie. (Les quelques analyses rigoureuses, par exemple pour le Trapèze supérieur, ont d’ailleurs confirmé par la suite nos observations cliniques.)

En effet nous allons voir que cette distinction entre muscles toniques et dynamiques est capitale pour comprendre la principale cause des douleurs et des limitations de mouvement : la contracture. Et donc aussi pour le traitement de ces pathologies les plus courantes de l’appareil locomoteur.

Car la contracture, étant par définition une contraction prolongée (involontaire, auto-entretenue de façon réflexe), ne peut pour cette raison pas concerner un muscle dynamique. Seuls les muscles toniques, soit environ la moitié des muscles du corps seulement, peuvent se contracter durablement, donc être contracturés.

Seuls ces muscles-là auront donc besoin d’être traités. D’où l’importance de savoir desquels il s’agit…

à suivre…