Douleurs cervicales par Myothérapie 2/4

La contracture musculaire
Pour comprendre la cause et le traitement des douleurs cervicales, il faut comprendre la genèse et les conséquences de la principale pathologie acquise du muscle, la contracture.
Une contracture est une contraction musculaire involontaire mais permanente, auto-entretenue de façon réflexe, d’origine traumatique, qui n’a aucune tendance à guérir d’elle-même, et qui a
tendance à provoquer secondairement des contractures des muscles voisins.

Nous venons de voir qu’en cas de choc risquant de léser une articulation, un muscle se contracte de façon réflexe pour la protéger. L’intensité de la contraction musculaire est proportionnelle à l’intensité du choc. Une fois celui-ci passé, normalement la contraction de protection cesse. Elle a donc été assez brève.

Mais si ce choc a été violent, il aura entraîné un étirement brusque et important d’un muscle. On constate en pratique que celui-ci, au-delà d’une certaine intensité de choc donc de contraction réflexe, aura tendance à ne plus cesser sa contraction, même après le traumatisme : il reste spasmé, contracté involontairement en permanence, et il va rester ainsi des mois et des années, comme si l’étirement initial persistait (figure 4). En fait cette contracture, si elle s’installe, va durer toute la vie, tant que l’on ne la traitera pas : une fois installée, la contracture ne guérit pas spontanément.

fig. 4 : le choc physique cause de contracture

 le choc physique cause de contracture

Il est très facile de constater la persistance de la contracture à la palpation, bien longtemps après le choc initial. Ce qui est trompeur est que son intensité, elle, peut varier en fonction de divers facteurs, au point que même si elle reste toujours perceptible à la palpation, la contracture peut rester cliniquement latente pendant un certain temps ou certaines périodes. Ainsi si on ne palpe pas, on peut passer à côté, et croire qu’avec le temps le muscle s’est normalisé. Or il n’en est rien..

a) Comment s’installe une contracture ?

Il semble que la clé se trouve au niveau des motoneurones β. Comme nous l‘avons expliqué, quand un muscle est étiré les Récepteurs Annulospiralés (RAS), parties centrales des fibres intrafusales, sont stimulés par cet étirement, et vont à leur tour stimuler par l’intermédiaire des fibres Ia les motoneurones de la corne antérieure de la moelle : ce sont les MNα qui vont stimuler les fibres extrafusales, provoquant une contraction musculaire, et les MNβ qui vont stimuler les fibres intrafusales, ce qui va ajuster leur tension au raccourcissement du muscle. Plus le muscle est étiré rapidement et/ou amplement, plus fortes sont les impulsions envoyés par les fibres Ia, et plus forts seront la stimulation des motoneurones et les effets de ceux-ci.

Quand un muscle se contracte pour protéger l’articulation lors d’un trauma, il réagit ainsi parce qu’il est soudainement, et donc rapidement, étiré. La force de la contraction réflexe est proportionnelle à la force du choc, ce qui lui permet d’être efficace dans son rôle de protection. Les RAS étant brusquement étirés, ils envient des impulsions fortes par les fibres Ia ; les motoneurones sont donc fortement stimulés, entrainant une forte contraction des fibres aussi bien extrafusales qu’intrafusales. Pour les premières ceci se traduit par une contraction du muscle suffisamment forte pour protéger l’articulation ; pour les fibres intrafusales ceci implique que leurs parties distales se contractent également de façon importante.

Cependant en cas de choc important ceci peut avoir pour conséquence que leur partie centrale et les RAS sont si fortement étirés par cette contraction d’ajustement que cet étirement lui-même
restimule trop fortement les fibres Ia et les MN α et β : les MN β recréent le même processus en stimulant fortement les parties distales des fibres intrafusales, tandis que les MN α prolongent la contraction musculaire. Une boucle réflexe est ainsi créée, et la contraction musculaire ne cesse plus. Comme les MN β en sont la clé, nous l’appellerons Boucle β (fig. 5).

Fig. 5 : Boucle β 1) Etirement musculaire, 2) Etirement des fuseaux neuromusculaires (FNM), donc des fibres intrafusales et des RAS, 3) stimulation des fibres Ia, 4) stimulation des motoneurones 5) stimulation des fibres extrafusales et contraction musculaire, 6) stimulation des fibres intrafusales, puis à nouveau 2, 3, 4, 5, 6, 2, 3, 4, etc.

Fig. 5 : Boucle β 1) Etirement musculaire, 2) Etirement des fuseaux neuromusculaires (FNM), donc des fibres intrafusales et des RAS, 3) stimulation des fibres Ia, 4) stimulation des motoneurones 5) stimulation des fibres extrafusales et contraction musculaire, 6) stimulation des fibres intrafusales, puis à nouveau 2, 3, 4, 5, 6, 2, 3, 4, etc.

Ainsi la contracture, due à un réflexe auto-entretenu, n’a aucune tendance à guérir spontanément, ni à court-terme, ni à long-terme, même si son intensité varie en général au cours du temps en fonction de facteurs aggravants ou améliorants.

Et puisque les contractures sont auto-entretenues par l’étirement continu des fibres intrafusales, la façon la plus simple de mettre un terme à une contracture, récente ou ancienne, est de raccourcir le muscle (en mettant passivement l’articulation que le muscle gouverne en position de raccourcissement musculaire maximum pendant une certaine durée et un protocole précis), ce qui raccourcira les fibres intrafusales et interrompra la boucle réflexe : c’est un des principes de base de la Brachy-Myothérapie*.

*‘Brachy’ dérive du mot grec signifiant ‘court’ : le muscle est raccourci par la contracture, et son traitement consiste à le raccourcir encore plus.

à suivre…